Le clip de Cancre, « Étrangler », est publié en octobre 2021.
Production : Cancre
Direction : Pauline Bricout
Dans un monde dystopique oppressant, le peuple se trouve assujetti par les forces de l’ordre qui maintiennent leur emprise par la violence et la surveillance. Assoiffé de liberté et refusant de se soumettre plus longtemps, il finit par se soulever pour reconquérir son autonomie perdue, bravant les dangers et défiant l’autorité établie.
Dans le morceau poignant intitulé « Étrangler », Cancre dépeint avec une acuité troublante le vide de l’existence moderne et l’immobilité paralysante face aux mouvements tumultueux du monde. Au cœur de cette réflexion philosophique et désenchantée, c’est la condition humaine elle-même qui est mise en lumière, cette condition dépourvue de sens apparent et d’avenir tangible. La puissance du texte, écrit dans les décombres de la Grande Guerre, transcende les époques et conserve une actualité saisissante.
Dans « Étrangler », les mots semblent résonner à travers les décennies, traversant le temps avec une pertinence immuable. En effet, les textes puisent leur substance dans les écrits de Marcel Millasseau, l’arrière-grand-oncle des frères Millasseau, qui les a couchés sur le papier il y a plus d’un siècle, au fond des tranchées boueuses du front. Ces témoignages bruts, nés dans l’horreur et le chaos de la guerre, portent en eux une vérité universelle sur la violence et l’absurdité des conflits humains.
À l’image de cette prose teintée de fièvre dadaïste et de révolte artistique, le clip « Étrangler » défie délibérément les conventions du schéma narratif académique traditionnel. Il refuse la linéarité rassurante pour embrasser une forme plus expérimentale et déstabilisante.
Pour soutenir et amplifier la dimension poétique et sensorielle du morceau, l’animation se déploie de manière fluide, quasiment dépourvue de « coupes » franches. Le spectateur flotte lentement, dans une forme d’impuissance contemplative, porté par un long plan-séquence hypnotique qui le ramène finalement à son point de départ. Cette structure circulaire évoque avec force l’instinct humain qui semble perpétuellement nous pousser à provoquer des guerres, génération après génération.
Le clip d’Étrangler développe plusieurs thématiques universelles et intemporelles : la menace omniprésente, l’errance existentielle, la standardisation des individus, l’anonymat des masses, les polarités sociales qui divisent et opposent. Les personnages oscillent entre deux états, tantôt victimes d’un système oppressif, tantôt acteurs de violence se faisant justice eux-mêmes dans une spirale sans fin. C’est la loi ancestrale du talion qui s’impose : œil pour œil, dent pour dent.
Tout comme les paroles du morceau puisées dans ces écrits centenaires, le clip met en lumière le caractère intemporel des luttes féroces et des combats frénétiques qui jalonnent l’histoire humaine. Il démontre avec une force visuelle remarquable que les conflits, bien que changeant de forme et de contexte, restent fondamentalement les mêmes à travers les âges, perpétuellement alimentés par les mêmes pulsions destructrices et les mêmes soifs de pouvoir ou de vengeance.