Étrangler ouvre sur un visage en gros plan, yeux hagards saisis en noir et blanc — premier maillon d’une boucle qui refermera le clip sur elle-même. Pauline Bricout signe ici un plan-séquence quasi continu, sans coupe franche, où le spectateur flotte dans une impuissance contemplative plutôt qu’il ne suit un récit linéaire. La caméra glisse d’un viseur circulaire fendu de craquelures à des ombres qui marchent en file, silhouettes anonymes prises dans un mouvement mécanique évoquant la standardisation des masses. Des barreaux strient l’image, des figures au visage masqué — animal, opaque — se tiennent en rang, pendant qu’ailleurs un corps tombe et nage sous l’eau, suspendu entre noyade et fuite.

Le collage visuel multiplie les motifs de répétition : une grille de formes identiques, tentes ou linceuls alignés à l’infini, dit l’écrasement de l’individu sous le nombre. Puis surgissent les images de guerre — un enfant qui hurle, des mains qui tâtonnent dans le noir, la lumière aveuglante d’une moto ou d’un avion de chasse, des chevaux qui s’agitent sur une ligne d’horizon trouée par les tirs d’artillerie et les nuages de fumée. Un champignon de fumée engloutit le cadre ; des soldats gravissent une pente filmée comme une roue qui tourne sur elle-même, image même de la structure circulaire du clip. Le papier noir se déchire par endroits, laissant entrevoir des scènes en négatif, avant qu’un soldat masqué, hurlant, ne referme la boucle sur le même regard halluciné du début.

Cette fièvre dadaïste répond directement au texte de « Étrangler », dont les mots puisent leur source dans les écrits de Marcel Millasseau, arrière-grand-oncle des frères Millasseau, rédigés dans les tranchées de la Grande Guerre. Plus d’un siècle plus tard, cette prose brute resurgit intacte, portée par une tension entre le cri et le silence, entre celui qui hurle et celui qui voudrait l’étouffer. Le morceau « Étrangler » ausculte le vide de l’existence moderne et l’immobilité face au monde qui bouge, tandis que le clip démontre, par sa forme même, que les conflits changent de visage sans changer de nature : on revient toujours au même point.

Réalisé par Pauline Bricout, « Étrangler » de Cancre construit ainsi une allégorie de la guerre comme éternel retour — confinement, anonymat, polarités sociales — où chaque image en répète une autre, jusqu’à ce que la boucle se referme sur le regard halluciné qui l’a ouverte.

Étrangler opens on a face in extreme close-up, haggard eyes captured in black and white — the first link in a loop that will close back on itself by the clip’s end. Pauline Bricout crafts an almost continuous single take here, free of sharp cuts, where the viewer floats in a kind of contemplative powerlessness rather than following a linear story. The camera slides from a cracked, circular viewfinder to shadows marching in file, anonymous silhouettes caught in a mechanical movement that evokes the standardization of the masses. Bars streak across the frame, masked figures — animal-faced, opaque — stand in rows, while elsewhere a body falls and swims underwater, suspended between drowning and flight.

The visual collage multiplies patterns of repetition: a grid of identical shapes, tents or shrouds lined up endlessly, speaking to the individual crushed beneath sheer number. War imagery then erupts — a screaming child, hands groping in the dark, the blinding light of a motorbike or fighter jet, horses thrashing along a horizon torn by artillery fire and smoke. A mushroom cloud swallows the frame; soldiers climb a slope filmed like a wheel turning on itself, the very image of the clip’s circular structure. The black paper tears in places, revealing scenes in negative, before a masked, screaming soldier closes the loop back onto the same hallucinated gaze from the opening.

This dadaist fever directly echoes the text of « Étrangler, » whose words draw their substance from the writings of Marcel Millasseau, great-great-uncle of the Millasseau brothers, penned in the trenches of the Great War. More than a century later, this raw prose resurfaces intact, carried by a tension between the scream and the silence, between the one who cries out and the one who would silence them. The track « Étrangler » examines the emptiness of modern existence and the paralysis felt in the face of a moving world, while the clip demonstrates, through its very form, that conflicts change face without changing nature: we always return to the same point.

Directed by Pauline Bricout, Cancre’s « Étrangler » thus builds an allegory of war as eternal return — confinement, anonymity, social polarities — where each image repeats another, until the loop closes back onto the hallucinated gaze that opened it.

Le clip de Cancre – Étrangler (2021) a été ajouté à la base de donnée de scylfe le 18 mai 2026. Il a été mis à jour le 13 juillet 2026 et classifié comme faisant partie du Hub . En plus de cela, il a également été classifié avec Pauline Bricout.