Tout commence par un geste anodin : des mains qui pianotent sur un téléphone rose, le titre du morceau inscrit sur la coque comme une étiquette posée sur le réel. Dommage de BigFlo & Oli s’installe d’abord dans un bus, lumière grise et vitres ruisselantes, ce décor de transit où les vies se croisent sans se toucher. Là, un jeune homme à lunettes regarde par la fenêtre, et c’est tout le dispositif du film qui se révèle : chaque passager porte en lui une bifurcation manquée, un « presque » qui ne s’est jamais accompli. Le bus devient une chambre d’échos, un théâtre mobile où le Destin se rejoue à voix basse.

Dommage éclate alors en vignettes, vies parallèles cousues les unes aux autres par un même fil de regret. Une dispute de couple dans une ruelle carrelée de bleu, une étreinte qui se défait sur un parking, une chambre d’adolescent baignée de néons violets où le surnaturel s’invite — flammes léchant les draps, lumières irréelles, basculement onirique qui fait vaciller le quotidien dans le surréaliste. Les murs se couvrent de collages, les couleurs saturent, et le confinement des existences ordinaires se heurte à la pulsion de liberté qui les traverse. Chaque saynète est une porte entrouverte sur ce qui aurait pu être.

Dommage ne cesse de jouer sur cette tension entre l’enfermement et l’envol : intérieurs feutrés baignés de lumière laiteuse, fenêtres lumineuses comme des promesses, puis la pluie d’un cortège funèbre, parapluies noirs alignés au cimetière, gerbe de fleurs posée sur le gris du deuil. La fusion des destins atteint là son point de rupture : le clip rappelle, sans jamais appuyer, la fragilité de ces secondes où tout se joue. Puis le mouvement reprend, on retourne au bus, on boucle la boucle, et chaque personnage repart avec son fardeau intime.

Dommage est un film choral d’une grande tendresse, qui transforme l’ordinaire — un trajet, une scène de ménage, une chambre d’ado — en méditation sur les occasions perdues. Le visuel épouse parfaitement le morceau : même attention aux vies minuscules, même art de saisir l’instant où le possible se referme. On en ressort avec cette sensation douce-amère, celle des chemins qu’on n’a pas pris.

It all begins with an unremarkable gesture: hands tapping on a pink phone, the song’s title printed on the case like a label pressed onto reality. Dommage from BigFlo & Oli first settles inside a bus, grey light and rain-streaked windows, that transit setting where lives cross without ever touching. There, a bespectacled young man gazes through the window, and the film’s whole device is revealed: each passenger carries within them a missed turning, an « almost » that never came to pass. The bus becomes an echo chamber, a moving theatre where Destiny replays itself in hushed tones.

Dommage then bursts into vignettes, parallel lives stitched together by a single thread of regret. A couple’s quarrel in a blue-tiled alley, an embrace coming apart in a car park, a teenager’s bedroom bathed in violet neon where the supernatural slips in — flames licking the sheets, unreal lights, an oneiric tilt that sends the everyday wavering into the surreal. Walls fill with collage, colours saturate, and the confinement of ordinary existences collides with the pulse of freedom running through them. Each little scene is a door left ajar onto what might have been.

Dommage keeps playing on this tension between enclosure and flight: hushed interiors steeped in milky light, bright windows like promises, then the rain of a funeral procession, black umbrellas lined up in the cemetery, a spray of flowers laid upon the grey of mourning. The fusion of destinies reaches its breaking point here: the film recalls, without ever insisting, the fragility of those seconds in which everything is decided. Then movement resumes, we return to the bus, the loop closes, and each character sets off again carrying their own intimate burden.

Dommage is a choral film of great tenderness, turning the ordinary — a journey, a domestic scene, a teenager’s room — into a meditation on lost opportunities. The visuals marry the track perfectly: the same attention to small lives, the same art of catching the moment when the possible closes over. One comes away with that bittersweet feeling, the feeling of paths not taken.

Le clip de BigFlo & Oli – Dommage (2017) a été ajouté à la base de donnée de scylfe le 21 mai 2026. Il a été mis à jour le 8 août 2026 et classifié comme faisant partie du Hub . En plus de cela, il a également été classifié avec Benoît Pétré, BigFlo & Oli, Pauline, Stromae.