« Lament » est la reprise d’un standard porté à l’origine par Mamie Perry, une complainte que le groupe Automatic City fait basculer dans une tension plus sensuelle, plus urgente, à l’opposé de la douceur de l’original. Portée par la voix chaude et trouble d’Eric Duperray, l’interprétation introduit une dimension androgyne qui brouille les genres et ouvre le morceau à toutes les projections : chacun peut y déposer sa propre version du désir et de la mélancolie.

Pour habiller cette reprise, Pauline Bricout a construit un patchwork bucolique entièrement puisé dans les archives d’Europeana, la base d’images patrimoniales européennes. Le clip assume ainsi une réappropriation créative de l’archive : gravures et photographies anciennes, recomposées en strates animées, dialoguent avec des éléments en 3D et des aplats fluorescents, dans un geste qui ranime paradoxalement la chaleur de l’analogique par les moyens du numérique.

Le défilé d’images suit une logique d’association libre plutôt que de récit : cyclistes et chevaux, balançoire et baleine, Mistinguett et cagettes, visages oubliés et silhouettes familières s’enchaînent comme dans une rêverie, convoquant à la fois nos souvenirs intimes et les recoins d’une mémoire collective que l’on ignorait posséder. Un disque rouge — soleil ou lune — revient sans cesse en arrière-plan, point fixe d’un univers où l’échelle elle-même se dérègle : des hommes réduits à la taille d’un jouet halent une libellule plus grande qu’eux, un enfant se retrouve enclos derrière une palissade blanche tandis qu’une figure ailée, retenue par des fils comme une marionnette, s’envole au-dessus de lui — autant d’images qui disent, en creux, un même songe de conditionnement et d’échappée.

Ce geste de Pauline Bricout illustre ce que permet Europeana : démocratiser l’accès à des œuvres longtemps enfermées dans les institutions, et donner aux artistes les moyens de dialoguer librement avec l’histoire de l’art européen, de la questionner, de la détourner. « Lament » en est une démonstration dansante : l’archive y devient étincelle, le passé y redevient opérant, et le kaléidoscope de Pauline Bricout, porté par la guitare et le Moog d’Emmanuel Mercier, la contrebasse de Camille Thouvenot et la batterie de Wendlavim Zabsonre, transforme une complainte ancienne en geste résolument présent.

« Lament » is a reinterpretation of a standard originally carried by Mamie Perry, a lament that the band Automatic City tips into a more sensual, more urgent tension, the opposite of the original’s softness. Carried by Eric Duperray’s warm, husky voice, the rendition introduces an androgynous dimension that blurs gender lines and opens the track to every projection: anyone can deposit their own version of desire and melancholy onto it.

To dress this cover, Pauline Bricout built a bucolic patchwork drawn entirely from the archives of Europeana, the European cultural heritage image database. The video thus embraces a creative reappropriation of the archive: old engravings and photographs, recomposed into animated layers, converse with 3D elements and flat fluorescent color, in a gesture that paradoxically revives analog warmth through digital means.

The parade of images follows a logic of free association rather than narrative: cyclists and horses, a swing and a whale, Mistinguett and crates, forgotten faces and familiar silhouettes chain together as in a daydream, summoning both our intimate memories and corners of a collective memory we didn’t know we possessed. A red disc — sun or moon — keeps returning in the background, a fixed point in a world where scale itself comes undone: men shrunk to toy size haul a dragonfly larger than themselves, a child finds himself enclosed behind a white picket fence while a winged figure, held by strings like a puppet, flies above him — so many images quietly speaking of the same dream of conditioning and escape.

Pauline Bricout’s gesture illustrates what Europeana makes possible: democratizing access to works long locked away in institutions, and giving artists the means to freely engage with European art history, question it, repurpose it. « Lament » is a dancing demonstration of this: the archive becomes a spark, the past becomes operative again, and Pauline Bricout’s kaleidoscope, carried by Emmanuel Mercier’s guitar and Moog, Camille Thouvenot’s double bass, and Wendlavim Zabsonre’s drums, turns an old lament into a resolutely present gesture.

Le clip de Automatic City – Lament (2023) a été ajouté à la base de donnée de scylfe le 17 mai 2026. Il a été mis à jour le 13 juillet 2026 et classifié comme faisant partie du Hub . En plus de cela, il a également été classifié avec Pauline Bricout.