Le clip de Davodka, « Anesthésie Vocale », est publié en octobre 2021.
Direction : Htag Art
Production : Itam
Extrait de Davodka – Procès Verbal
Il faut bien avouer qu’avec Davodka, une anesthésie vocale serait la pire chose possible. Comme il le dit si bien lui-même, il a la recette qui réveille les papilles de ceux qui manquent de goût ! Et c’est posé au milieu de barres d’immeubles à tendances HLM qu’il s’exprime. Maniant la langue française comme un cunilinguist (double référence à la pratique et au groupe), on pourrait utiliser cette anesthésie vocale pour l’apprentissage du français.
L’anesthésie vocale, c’est aussi avouer aimer trop l’alcool à croire que (son) histoire a commencé par « il était un foie » : les contes de fées commencent généralement par ‘il était une fois’. Davodka joue avec les mots en remplaçant ‘une fois’ par ‘un foie’. Il aime tellement l’alcool qu’il se demande si son histoire personnelle est moins importante que l’état de son foie.
Lucide aussi, car par chez lui il n’y a que le bras des camés qui ont le moral au beau fixe… « Anesthésie vocale », c’est une vision pessimiste de la vie, enchaînant avec un jeu de mots sur l’expression « avoir le moral au beau fixe ». Ici, le fixe en question est une référence à la dose de drogue injectée. Jolie façon de dire que pour les toxicomanes, le bonheur est une illusion fugace, ressentie uniquement pendant un instant éphémère lorsqu’ils se droguent.
Si l’intro est un sample de Rocky, l’outro de son « Anesthésie vocale » laisse la parole à Sinik, extrait d’une interview pour RapPunchLine en 2017.
Paroles de Davodka « Anesthésie vocale »
(Intro)
Personne ne frappe aussi fort que la vie. L’important c’est de se faire cogner, et d’aller quand même de l’avant. C’est de pouvoir encaisser sans jamais flancher
(Couplet 1)
L’aventure n’est pas close, c’était la pause, j’ai pas changé ma prose
J’ai rebranché le matos comme un camé qui redemanderai d’sa dose
32 piges au compteur, j’f’rai pas partie de ceux qui changent de route
Car j’ai la recette qui réveille les papilles de ceux qui manquent de goût
J’passe mon temps à tiser, à m’planquer, les gyros tournent en ville
J’sais même plus si mon corps doit se peser en kilo ou en litre
J’écris des textes pour m’libérer d’un poids
J’aime trop l’alcool à croire que mon histoire a commencé par « il était un foie »
C’est pour mes alcooliques, mes acolytes qui tapent des sales coliques
Qui côtoie la folie mais qu’ont du style avec des sapes horribles
Ceux qui narguent la police, qui rappent sous tise qui pose sur Rhapsody
Des mecs qui s’creusent la tête, qu’ont le cerveau plus vif qu’un algorithme
Quand j’regarde de l’avant, la nostalgie donne des torticolis
Dur de faire son ch’min si tu t’entoures d’un tas d’bâtards
Faut choisir ses compagnons d’route, pas comme un Blablacar
Mais l’amitié a des effets s’condaires comme les corticoïdes
(Refrain)
Fais ner-tour le disque (fais ner-tour le disque)
J’donne tout comme un marathonien à son dernier tour de piste
On est fait pour le risque, j’ai tout donné pour c’te zik
On s’aimait pas pour l’meilleur, on s’aimait pour le pire
Fais ner-tour le disque (fais ner-tour le disque)
J’donne tout comme un marathonien à son dernier tour de piste
On est fait pour le risque, j’ai tout donné pour c’te zik
On s’aimait pas pour l’meilleur, on s’aimait pour le pire
(Couplet 2)
Issue d’un monde de gentils thugs sur leurs bécanes de temps en temps qui burnent
Qui squattent les bancs qui gueulent et qui s’baladent capuchés sans qu’il pleuve
Qui s’en tirent seuls, qu’essayent de voir l’avenir le regard remplit d’seum
Face à des keufs qui cherchent à t’aligner pire que dans Candy Crush
Les galères s’enchaînent, l’impression qu’le temps passe plus c’t’année
Pour avancer, j’m’entraine les yeux plus rouges qu’un tampax usagé
Les poches qui puent l’amné’ si tu parles mal, j’te baffe
Les lendemain d’cuite la tête en vrac, j’combats le mal par le malt
C’est normal qu’on sature, j’constate trop d’bavures
Y a la trace de nos joues plaquées sur des capots d’voitures
Désolé, c’est pas la joie que j’déballe au cro-mi
Car par chez moi, y a qu’le bras des camés qu’ont l’moral au beau fixe
Dans l’rap, fini les prises de positions digne du kamasutra
Les p’tits veulent plus taffer et rêvent d’une vie d’artiste
Vu c’que les ondes diffusent, j’regrette l’époque de Fatal Bazooka
Pendant ce temps là, j’manie la langue française comme un cunilinguist
(Refrain)
Fais ner-tour le disque (fais ner-tour le disque)
J’donne tout comme un marathonien à son dernier tour de piste
On est fait pour le risque, j’ai tout donné pour c’te zik
On s’aimait pas pour l’meilleur, on s’aimait pour le pire
Fais ner-tour le disque (fais ner-tour le disque)
J’donne tout comme un marathonien à son dernier tour de piste
On est fait pour le risque, j’ai tout donné pour c’te zik
On s’aimait pas pour l’meilleur, on s’aimait pour le pire
(Couplet 3)
J’ai pas l’humour de Thomas N’Gijol, j’commate et j’picole
Marre de vos stars sex people, j’prépare deux grosses baffes sèche qui cognent
Le verre 2 trop a fait le plein, le cerveau risque l’implosion
Je fais partie d’ces terriens qui aiment abuser d’la potion
J’maîtrise le poids des mots alors que jamais j’pousse la fonte
Tout l’monde m’appelle « le sang » car quand je pé-ra, j’en asperge tout ‘ plafond
Les potos graffent le store pendant qu’au mic, j’éclate le score
Viens par chez nous où on voit plus de squat que dans une salle de sport
Fais tes bagages, faut qu’on s’exile dans un coin plus sûr
J’représente ceux qui squattent leurs bancs à noyer leur déprime
Tu sais si chacune de mes phrases s’finit par un point d’suture
C’est parce que je suis d’ceux qui passent leur temps à soigner leurs écrits
(Pont)
Toujours présent t’en apprécie l’audace
Le son est oppressant tout comme la frénésie locale
J’rappe et médite au calme, j’ai pas la prétention de panser des blessures
Mais j’rappe ce son en guise d’anesthésie vocale
(Refrain)
Fais ner-tour le disque (fais ner-tour le disque)
J’donne tout comme un marathonien à son dernier tour de piste
On est fait pour le risque, j’ai tout donné pour c’te zik
On s’aimait pas pour l’meilleur, on s’aimait pour le pire
Fais ner-tour le disque (fais ner-tour le disque)
J’donne tout comme un marathonien à son dernier tour de piste
On est fait pour le risque, j’ai tout donné pour c’te zik
On s’aimait pas pour l’meilleur, on s’aimait pour le pire
(Outro : Sinik)
Tu sais souvent, j’écoute les jeunes, aujourd’hui ils disent « ouais le rap d’avant, putain tu l’écoutes t’as envie de te suicider ». Ouais parce que le rap d’avant, il parlait de la vie. Si le rap d’aujourd’hui il parlait de la vie, t’aurais aussi envie de te suicider. Parce que la vie en général, c’est pas quelque chose de joyeux, nous on était la pour parler des choses qui allait pas, de nos quartier, de nos parents, du chômage, des vrais thèmes. Et ce qui manque pour moi, c’est le contenu mais y a plus du tout de contenu, c’est ce qui manque selon moi