Rappeur français originaire de Poissy, Deadi s’est imposé sur la scène rap hexagonale grâce à une série de freestyles diffusés en ligne dès 2020, dont le très relayé « FDP Freestyle ». Actif depuis la fin de l’adolescence mais longtemps cantonné à un cercle proche, il développe un style marqué par une diction nasillarde, une énergie vive et un humour décalé. Son univers puise dans la culture rap des années 1990, la pop culture et le storytelling du quotidien.
Après une mixtape autoproduite, BLC, il concrétise son premier album, Tout va, en 2021, confirmant son ancrage sur la scène rap indépendante. Entre boom bap revisité, écriture technique et références ludiques, Deadi poursuit une trajectoire singulière au sein de la musique urbaine française, mêlant spontanéité, production artisanale et identité sonore affirmée.
Parcours
Rappeur originaire de Poissy, Deadi démarre l’écriture à l’adolescence et pratique le rap de manière informelle pendant près de quinze ans, essentiellement pour son entourage. Né au milieu des années 1980, Dylan de son vrai prénom, développe d’abord cette activité comme un loisir partagé en bas de son immeuble, sans intention de diffusion large. Son parcours bascule après un pneumothorax, épisode de santé qui l’incite à enregistrer plus sérieusement quelques titres à la MJC de sa ville, sur des instrumentales dénichées en ligne, dans un cadre encore très artisanal.
La trajectoire publique de Deadi s’accélère en 2020, lorsqu’il ouvre un compte Instagram sur l’insistance de sa compagne et publie des freestyles vidéos. Le « FDP Freestyle » devient viral et attire l’attention autant du public que de rappeurs installés, confirmant l’émergence d’une figure atypique dans le rap français indépendant. Cette exposition lui permet d’entrer en contact avec des artistes qu’il admire, parmi lesquels Kacem Wapalek et Vîrus, avec lesquels il collaborera par la suite
En 2020, Deadi publie sa BLC Mixtape, projet spontané conçu après le travail et enregistré quasi en one-shot. L’accueil encourageant renforce son désir de professionnalisation et conduit à la création d’une cagnotte destinée à financer son premier album. Tout va paraît en 2021, produit notamment avec l’aide de Nizi, Loko, Banane ou Fred Killah. Ces étapes établissent durablement Deadi sur la scène rap indépendante, où se distingue une identité fondée sur la sincérité, le rythme, l’humour et un rapport direct au public.
Style, influences et esthétique sonore
Le style de Deadi repose sur un mélange de rap technique, de boom bap contemporain et d’un sens aigu du storytelling. Son timbre nasillard, associé à un débit rapide et incisif, constitue l’une de ses signatures vocales. Le rappeur privilégie une écriture dense, rythmée par des assonances, jeux de mots et enchaînements multisyllabiques, souvent teintés d’ironie. Cette dimension humoristique ne relève cependant pas du registre parodique : elle cohabite avec des thèmes plus sombres, abordés dans un ton direct et volontiers auto-dérisoire.
Musicalement, Deadi évolue majoritairement sur des instrumentales boom bap, parfois nourries d’esthétiques plus modernes apportées par des producteurs comme Nizi ou Banane. Son approche reste intuitive : il sélectionne les productions au feeling, tirant la ficelle d’une idée jusqu’à trouver une cohérence narrative ou rythmique. Cette méthode renforce l’aspect spontané de son rap, proche de l’énergie du freestyle, y compris dans ses morceaux plus structurés.
Ses influences revendiquées s’inscrivent dans le rap français des années 1990 : Expression Direkt, Scred Connexion, 2Bal 2Neg’, IAM ou encore les X-Men, références qui nourrissent son goût pour la rime acérée et une attitude de puriste assumée. L’univers de Deadi intègre également des marqueurs de pop culture, notamment le jeu vidéo et le cinéma de genre, éléments qu’il utilise pour colorer ses textes sans tomber dans l’exercice référentiel systématique. Cette esthétique hybride confère à son rap un caractère immédiatement identifiable au sein de la scène indépendante.
Discographie, scènes et réception
La discographie de Deadi s’articule autour de trois jalons principaux : la BLC Mixtape, publiée en 2020, son premier album Tout va sorti le 25 mars 2021, et une série continue de freestyles diffusés en ligne. La mixtape, conçue de manière spontanée sur des instrumentales trouvées sur YouTube et enregistrée à la MJC, pose les bases de son identité : un rap vif, brut, ancré dans le quotidien.
Avec Tout va, financé en partie via une cagnotte Leetchi, Deadi franchit un cap. Le projet bénéficie d’un encadrement technique plus solide, notamment grâce au travail de Loko en studio, et réunit des producteurs tels que Nizi, Banane ou Fred Killah. L’album mêle storytelling, morceaux introspectifs et titres plus enjoués, dont « Banzaï » ou « Le voisin du quatrième ».
Les collaborations jouent un rôle structurant dans sa trajectoire. Deadi partage le micro avec Kacem Wapalek et Vîrus sur deux morceaux conceptuels qui mettent en valeur son goût pour la précision rythmique et le triturage des mots. Son style attire aussi des artistes établis : Svinkels, Al’Tarba, ou encore DJ Blaiz. Cette reconnaissance contribue à ancrer Deadi dans le paysage rap indépendant, où sa singularité est régulièrement remarquée par la presse spécialisée.
Sur scène, son énergie et son humour constituent un atout fort. Invité par Furax Barbarossa pour une première partie au New Morning, il découvre un public réceptif et engagé, une expérience qu’il décrit comme plus intense encore que ses performances en bas de chez lui. Si la sortie de Tout va coïncide avec une période de restrictions limitant les concerts, Deadi exprime à plusieurs reprises son désir d’enrichir son répertoire pour proposer des performances plus longues et structurées. La réception critique souligne généralement sa fraîcheur, son sens du détail et sa capacité à transformer des scènes du quotidien en matière narrative.