Le clip de Angèle, « Balance ton quoi », est publié en avril 2019.
Direction : Charlotte Abramow
Production : Angèle VL & Tristan Salvati
Extrait de Angèle – Brol
On était déjà tombé, presque par hasard, sur des morceaux de Angèle, notamment avec son frère Roméo Elvis. Mais c’est avec ce clip de Balance ton quoi qu’on est devenu fan de la chanteuse belge. Peut-être que la présence de Nikita Bellucci et de Pierre Niney a aidé les choses ? D’ailleurs la présence de Nikita fait une sorte de lien avec Vald, celle-ci étant présente dans Selfie.
Le clip de « Balance ton quoi », mis en ligne en avril 2019 et réalisé par Charlotte Abramow, s’organise autour d’un dispositif scénique unique : le château de Neufmoutiers-en-Brie, dont les extérieurs et les intérieurs servent alternativement de décor de conte de fées détourné et de cadre institutionnel fictif. La photographie de Quentin de Lamarzelle tire parti de cette architecture bourgeoise pour construire deux régimes visuels distincts qui se répondent tout au long du clip : d’un côté le registre du conte, saturé de couleurs pastel et de lumière dorée, de l’autre le registre de la parodie judiciaire et académique, plus froid, plus clinique, aux tons neutres et aux cadres fixes évoquant la gravité feinte d’un documentaire institutionnel.
[[Claudius]] Angèle « Balance ton quoi »
Le clip s’ouvre sur Angèle en extérieur, devant les grilles du château, habillée en poupée de collection et tenant un chaton. La robe qu’elle porte, issue de la maison Viktor & Rolf, est une robe de princesse de haute couture ornée d’inscriptions brodées en cœurs — « Go Fuck Yourself », « Va te faire foutre » — dont la présence contredit frontalement l’imagerie de conte qu’elle convoque par ailleurs. C’est le premier geste stylistique du clip : poser une image attendue pour immédiatement la parasiter. Le stylisme d’Alizée Hénot joue systématiquement sur cette tension entre la surface lisse et le contenu corrosif, que ce soit dans la robe de princesse ou dans les uniformes de l’Anti-Sexism Academy, réalisés en collaboration avec la marque Meuf Paris.
Car Balance ton quoi bascule rapidement vers son deuxième registre : celui du tribunal puis du centre de formation. Angèle y endosse successivement les rôles de juge, d’avocate, de victime et de témoin dans un procès fictif traitant d’affaires sexistes. Les scènes de prétoire sont filmées avec une économie de moyens qui renforce leur caractère parodique : cadres académiques, costumes de cour stricts, jeu sobre des acteurs. Pierre Niney et Antoine Gouy apparaissent dans le rôle des condamnés soumis à la thérapie de groupe, dans une scène où un tableau affiche en anglais la question « What if she says no…? » Le traitement est celui de la comédie de situation, mais l’objet de la comédie — le consentement, le sexisme ordinaire — ne l’est pas.
Le montage de Zoé Sassier sur Balance ton quoi gère ces changements de registre avec fluidité, alternant les scènes de château-conte, les séquences judiciaires et les sessions de thérapie de groupe sans jamais laisser le ton se figer dans un seul registre.Les illustrations de Cécile Dormeau — dont le style graphique, rond et coloré, est associé depuis plusieurs années à une représentation féministe des corps féminins — apparaissent ponctuellement à l’écran, apportant une touche animée qui renforce le caractère délibérément composite du clip. La participation de Nikita Bellucci, figure connue de l’industrie pornographique française, dans ce cadre féministe et anti-sexiste constitue l’un des partis pris les plus délibérément provocateurs du clip, sans que le visuel n’en fasse un sujet explicite.
Balance ton quoi se conclut sur Pierre Niney converti, devenu à son tour éducateur de l’Anti-Sexism Academy, boucle narrative qui referme le récit sur une résolution ironique et volontairement trop propre pour être prise au premier degré. L’ensemble fonctionne comme une démonstration par l’absurde : en construisant une institution imaginaire chargée de rééduquer les sexistes, Charlotte Abramow et Angèle pointent précisément l’absurdité de devoir imaginer une telle institution. Le château de Neufmoutiers-en-Brie, avec sa façade de prestige et ses salles reconverties en salles de classe et de tribunal, devient le symbole d’un système que le clip se charge de tourner en ridicule pour mieux en dénoncer la réalité.
Le clip de Angèle – Balance ton quoi (2019) a été ajouté à la base de donnée de scylfe le 27 mars 2026. Il a été mis à jour le 9 avril 2026 et classifié comme faisant partie du Hub . En plus de cela, il a également été classifié avec Tristan Salvati.