Sorti le 20 janvier 2017 sur Mezoued Records, distribué via Millenium, Capitol et Universal, Agartha est le premier album studio de Vald, de son vrai nom Valentin Le Du, rappeur originaire d’Aulnay-sous-Bois. Il paraît après une montée en puissance progressive depuis 2012, portée par les EPs NQNT et NQNT 2 et la viralité du clip Bonjour. Son titre fait référence à la cité souterraine légendaire, symbole d’un monde intérieur parallèle et secret — métaphore directe de l’univers mental et conceptuel que Vald développe depuis ses débuts. L’album propose en 17 titres une cohabitation délibérément instable entre rap conscient, humour absurde, horrorcore et cloud rap, portée par une équipe de beatmakers fidèles.
Genèse et contexte de création
Agartha est le fruit d’une ascension méthodique et atypique dans le paysage rap français. Valentin Le Du, né le 15 juillet 1992 à Aulnay-sous-Bois, suit un parcours scolaire scientifique marqué par un baccalauréat S, des études de médecine abandonnées après un semestre, puis une licence en mathématiques et informatique, complétée par une formation en ingénierie du son. Ce profil singulier — scientifique et autodidacte du rap — nourrit dès le départ une approche décalée et cérébrale de l’écriture.
Vald découvre le rap vers ses 15 ans en tombant sur Kery James en surfant sur Internet, et commence à rapper à l’âge de 17 ans. Sa trajectoire prend une première forme publique en 2012 avec les mixtapes NQNTMQMQMB et Cours de rattrapage, diffusées librement, avant que le véritable tournant ne survienne en 2014. L’EP NQNT sort le 27 octobre 2014, accompagné du clip Bonjour, sous-titré en quatre langues et en langue des signes, qui cumule 12 millions de vues en 2017. Le succès de NQNT 2 en 2015 confirme une base d’audience solide et conquise en dehors des circuits promotionnels traditionnels.
Trois ans après NQNT et deux ans après NQNT 2, Vald franchit le cap de l’album studio avec Agartha. Le timing n’est pas anodin : l’artiste a construit méthodiquement son ascension, passant de rappeur underground à phénomène viral. La campagne promotionnelle qui précède la sortie est fidèle à l’ADN du personnage : les singles Eurotrap, Megadose et Kid Cudi préparent le terrain avec des clips concepts déjantés. Vald maîtrise parfaitement l’art du buzz : parodie de youtubeur sataniste, tournage sur fond vert pour permettre à ses fans de créer leur propre version, apparition déguisé en Trump au Grand Journal.
L’album est produit par une équipe de beatmakers qui gravitent autour de Vald depuis ses débuts : DJ Weedim, Seezy, BBP, Sirius et Dolor composent des instrumentales éclectiques qui épousent les multiples facettes du projet. Deux featurings viennent compléter le tracklisting : Suikon Blaz AD sur Blanc et Damso sur Vitrine, collaboration notable qui réunit deux des voix les plus singulières du rap francophone de l’époque.
Style, influences et esthétique sonore
Agartha se distingue dans le paysage rap français de 2017 par son refus radical de toute cohérence stylistique apparente, érigée en principe créatif. Vald crée son propre monde subjectif, un royaume souterrain — référence directe à l’Agartha légendaire — où toutes ses obsessions cohabitent : complotisme, dépression, vulgarité assumée et critique sociale s’entremêlent dans un univers cohérent malgré son apparente incohérence.
La production reflète cette diversité assumée. Seezy, dominant sur le tracklisting, impose des instrus trap atmosphériques aux textures froides et planantes, caractéristiques du cloud rap qui influence alors profondément la nouvelle génération. DJ Weedim apporte des constructions plus mélancoliques et intimes, perceptibles sur Je t’aime et Kid Cudi, tandis que BBP signe les productions les plus directes et percutantes, notamment sur Si j’arrêtais. Cette diversité sonore permet à Vald d’explorer différents registres sans jamais perdre son identité.
Textuellement, l’album fonctionne sur deux registres complémentaires et délibérément contradictoires. D’un côté des morceaux conscients comme Megadose, Si j’arrêtais ou Vitrine, où Vald développe une réflexion sociale aboutie. De l’autre, des titres provocateurs et absurdes qui constituent l’essence même du concept « Ni Queue Ni Tête » poussé à son paroxysme. Cette dualité est revendiquée et construite, non subie.
Vald cite parmi ses influences Kery James, Sexion d’Assaut, Young Thug, et même le comédien Raymond Devos — un écart révélateur entre culture hip-hop américaine, rap français engagé et humour de l’absurde français. Le flow de Vald, techniquement maîtrisé malgré une découverte tardive du genre, est salué pour sa capacité à varier les rythmes, des punchlines percutantes de Megadose à l’intimité de Je t’aime, avec des assonances bien placées. Blanc, featuring Suikon Blaz AD, est régulièrement cité par les observateurs attentifs comme l’un des titres les plus sous-estimés de l’album, et paradoxalement l’un des plus engagés.
Réception, diffusion et impact
Agartha s’impose immédiatement comme l’un des événements rap de janvier 2017. L’album entre directement à la première place du Top Albums français dès sa première semaine, avec 15 446 exemplaires vendus — un démarrage remarquable pour un premier album issu d’un label indépendant, Mezoued Records, sans le soutien d’une major en amont de la construction de l’audience. Il se classe également sixième en Wallonie et quinzième en Suisse.
La progression des certifications est rapide et durable : disque d’or deux mois après la sortie, puis double disque de platine dans les années suivantes, attestant de plus de 200 000 ventes cumulées en France. Plusieurs titres obtiennent des certifications individuelles, dont deux disques de diamant — Ma meilleure amie et Vitrine avec Damso —, ainsi que plusieurs disques d’or pour Megadose, Eurotrap et Strip.
Sur le plan des singles et des clips, la stratégie promotionnelle préalable à la sortie porte ses fruits. Eurotrap, premier extrait, cumule plus de 3,5 millions de vues sur YouTube, porté par un clip tourné sur fond vert conçu pour permettre aux fans de créer leur propre version — un dispositif participatif qui génère une viralité organique massive sur les réseaux sociaux.
La réception critique est polarisée, symptôme d’un album qui refuse les cases. Une partie de la presse spécialisée salue un ovni révolutionnaire qui bouscule les codes du rap français, louant l’originalité conceptuelle et la cohérence paradoxale du projet. D’autres pointent un manque de direction claire et reprochent à Vald de privilégier la provocation à la substance. Cette polarisation révèle la nature disruptive d’Agartha dans un paysage rap alors tiraillé entre trap américanisée et rap conscient traditionnel.
L’album s’accompagne d’une controverse médiatique : lors d’une interview pour OKLM Radio en 2017, des propos tenus par Vald sur le féminisme suscitent une polémique qui déborde largement du seul cercle rap et alimente un débat plus large sur la responsabilité des artistes dans leurs prises de position publiques.
FAQ
- Pourquoi l’album s’appelle-t-il Agartha ? Agartha fait référence à la cité souterraine légendaire présente dans diverses mythologies et théories ésotériques. Ce choix de titre est une métaphore directe de l’univers mental de Vald : un monde intérieur parallèle, secret et décalé, où cohabitent toutes ses obsessions créatives, de la critique sociale à l’humour absurde en passant par l’horreur et le complotisme.
- Quelles certifications Agartha a-t-il obtenues en France ? L’album est certifié disque d’or deux mois après sa sortie, puis double disque de platine, attestant de plus de 200 000 ventes en France. Deux titres atteignent le disque de diamant — Ma meilleure amie et Vitrine avec Damso —, confirmant l’ancrage durable de plusieurs morceaux dans les écoutes du public bien au-delà de la période de sortie.
- Qui sont les beatmakers principaux de l’album ? L’album est produit par une équipe fidèle gravitant autour de Vald depuis ses débuts : Seezy, dominant sur le tracklisting avec les productions les plus atmosphériques et cloud rap, DJ Weedim pour les titres les plus mélancoliques et intimes, BBP pour les constructions les plus directes, ainsi que Sirius et Dolor sur plusieurs titres. Damso et Suikon Blaz AD complètent le projet en tant que featurings.