Pour « Labeur », premier extrait du premier album de Courcheval, Pauline Bricout — à qui l’on doit également le scénario et l’animation — construit un univers qui tient à la fois du conte philosophique et de la satire sociale : celui d’une mégastructure cosmique où chaque individu, réduit à un matricule, s’affaire mécaniquement dans les rouages d’une entreprise à l’échelle de la galaxie. Le protagoniste de Labeur, PR010, scaphandrier anonyme parmi d’autres, voit sa routine interrompue par un écran holographique : convocation des Ressources Humaines, à rejoindre au sommet de la galaxie, sans qu’aucune explication ne soit donnée. Promotion, licenciement, simple changement de secteur ? Le doute seul guide son périple.
Le voyage de PR010 dans Labeur traverse une suite de tableaux où le collage, technique de prédilection de la réalisatrice, fait dialoguer matières et époques : panneaux publicitaires flottants qui hurlent « CONSOMME » et « ACHÈTE » au-dessus d’immeubles en ruine, troupeau de petits astronautes-moutons notés à coups de pouces levés et baissés comme sur un réseau social, derricks qui pompent dans le vide, sucette géante sur tapis roulant où la foule vient s’agglutiner. Cette satire de la société de consommation ne renonce jamais à la légèreté : un train de banlieue cosmique où les employés s’agrippent aux poignées comme dans n’importe quel RER, une baleine immense croisée au détour d’un astéroïde, un astronaute en duel contre une cloche de verre à coups de sabre lumineux — autant de respirations poétiques et burlesques qui évitent au propos de sombrer dans la seule noirceur.
L’arrivée, annoncée par un cartouche rouge clignotant « Vous êtes arrivé », se fait dans un cinéma spatial aux fauteuils de velours rouge, rangées vides à perte de vue — ultime image de la solitude administrative. Mais le clip Labeur réserve un dernier retournement : ce que l’on prenait pour l’immensité de l’univers se révèle peut-être n’être qu’un diorama miniature, observé par une jeune femme penchée sur sa création, jouet cosmique tenu entre des mains d’enfant. Le grand récit bureaucratique se referme ainsi sur l’image d’un Petit Prince contemporain, où le sens du travail et celui du jeu finissent par se confondre.
For « Labeur, » the first single from Courcheval’s debut album, Pauline Bricout — who also wrote and animated the piece — builds a world that is at once a philosophical tale and a social satire: a cosmic megastructure where every individual, reduced to a serial number, mechanically goes about their task within the gears of a galaxy-sized corporation. The protagonist of Labeur, PR010, an anonymous spacesuited worker among countless others, has his routine interrupted by a holographic screen: an HR summons, to be answered at the top of the galaxy, with no explanation given. Promotion, dismissal, or simply a transfer to another department? Doubt alone guides his journey.
PR010’s voyage on Labeur crosses a series of tableaux where collage, the director’s technique of choice, sets materials and eras in dialogue with one another: floating billboards screaming « CONSUME » and « BUY » above ruined buildings, a flock of tiny astronaut-sheep rated with thumbs up and down like on a social network, oil derricks pumping into the void, a giant lollipop on a conveyor belt where the crowd clusters to feed. This satire of consumer society never abandons lightness: a cosmic commuter train where employees cling to straps just like on any suburban line, an immense whale encountered past an asteroid, an astronaut dueling a glass bell jar with a glowing blade — so many poetic, slapstick breathers that keep the piece from sinking into pure darkness.
The arrival, announced by a blinking red caption reading « You have arrived, » takes place in a spacefaring cinema with red velvet seats, empty rows stretching out of sight — a final image of bureaucratic solitude. But the video saves one last twist: what looked like the immensity of the universe may turn out to be nothing more than a miniature diorama, watched over by a young woman bent over her creation, a cosmic toy held in a child’s hands. The grand bureaucratic tale thus closes on the image of a contemporary Little Prince, where the meaning of labor and the meaning of play end up merging into one.
Le clip de Courcheval – Labeur (2021) a été ajouté à la base de donnée de scylfe le 18 mai 2026. Il a été mis à jour le 13 juillet 2026 et classifié comme faisant partie du Hub . En plus de cela, il a également été classifié avec Pauline Bricout.