Max Cooper — Live at the Barbican (Yearning for the Infinite), le 28 septembre 2019 dans le Barbican Hall de Londres, ouvre un chapitre à part dans l’œuvre du producteur britannique. Conçu comme une commande du Barbican pour sa saison Life Rewired consacrée aux mutations technologiques, ce spectacle transforme la salle en un immense écran mental où l’électronica de Max Cooper se fond à des projections multicouches, semi-transparentes, superposées comme les strates d’une mémoire numérique saturée. Dès l’ouverture, une silhouette solitaire se détache dans un halo blanc, presque clinique, tandis que des nappes de données abstraites, grilles, particules, structures mathématiques envahissent progressivement l’espace derrière et autour du corps de l’artiste.
Le fil conducteur du concert est une réflexion sur l’infini, entre vertige mathématique et croyance ancienne, que Max Cooper — également titulaire d’un doctorat en biologie computationnelle — traduit en un dispositif scénique où chaque morceau devient le support d’une forme visuelle différente. Les images captées montrent une alternance de séquences : portraits en noir et blanc qui se déforment et se répètent en écho, comme un visage tiraillé entre identité et dissolution ; motifs fractals et cosmiques qui évoquent la naissance et l’expansion sans fin ; silhouettes de musiciens et de choristes noyées dans une lumière stroboscopique, suggérant la fusion des corps dans un même flux sonore et visuel.
La scénographie joue sans cesse sur la tension entre confinement et échappée. Des cadrages resserrés, presque carcéraux, enferment un temps la figure de Max Cooper dans un rectangle de lumière, avant que l’écran ne s’ouvre soudain sur des paysages de données infinies, ciels étoilés recomposés ou architectures fractales qui semblent abolir les limites de la salle elle-même. Cette dramaturgie du surgissement, de l’oppression suivie d’une respiration soudaine, fait écho au titre du projet : une tentative de rendre sensible, physiquement, ce désir humain — voué à l’échec — de saisir l’infini.
Vers la fin du live, les images se font plus organiques, presque oniriques, avant que le dispositif ne se referme sur la silhouette initiale, seule à nouveau face à la salle. Cette boucle referme le spectacle sur lui-même, comme si le trajet visuel et sonore n’avait été qu’un aller-retour vers un Destin déjà écrit : celui d’un homme minuscule confronté à l’immensité des structures qu’il a lui-même créées, entre techno, musique classique, théâtre et cinéma.
Max Cooper — Live at the Barbican (Yearning for the Infinite), staged on 28 September 2019 in the Barbican Hall in London, marks a distinct chapter in the British producer’s body of work. Commissioned by the Barbican for its Life Rewired season on technological change, the show turns the hall into a vast mental screen where Max Cooper’s electronica merges with multi-layered, semi-transparent projections stacked like the strata of an overloaded digital memory. From the opening moments, a lone silhouette stands out under a near-clinical white glow, while abstract data fields, grids, particles, mathematical structures gradually take over the space behind and around the artist’s body.
The concert’s throughline is a meditation on infinity, somewhere between mathematical vertigo and ancient belief, which Max Cooper — who also holds a PhD in computational biology — translates into a stage design where each track carries its own visual form. The captured images reveal an alternation of sequences: black-and-white portraits that warp and echo, as if a face were torn between identity and dissolution; fractal and cosmic patterns evoking birth and endless expansion; silhouettes of musicians and choir-like figures drowned in strobing light, suggesting bodies fusing into a single sonic and visual current.
The staging constantly plays on the tension between confinement and escape. Tight, almost carceral framings momentarily trap Max Cooper’s figure inside a rectangle of light, before the screen suddenly opens onto landscapes of infinite data, recomposed starfields or fractal architectures that seem to dissolve the very limits of the hall. This dramaturgy of sudden emergence, of oppression followed by a sudden release of breath, echoes the project’s title: an attempt to make physically felt this human desire — doomed to fail — to grasp the infinite.
Toward the end of the live show, the images grow more organic, almost dreamlike, before the whole apparatus closes back on the initial silhouette, alone once more before the hall. This loop folds the show back onto itself, as if the entire visual and sonic journey had only been a round trip toward an already-written Destiny: that of a tiny man confronting the immensity of the structures he himself created, somewhere between techno, classical music, theatre and cinema.