Sous la rotonde de Stalingrad, l’architecture circulaire du lieu referme son cercle de pierre sur une foule compacte, massée en arc de cercle autour d’un dispositif central. Un lustre suspendu, orné de fragments scintillants, veille sur la scène comme un talisman onirique, tandis que quelques arbustes plantés dans la cour ramènent une touche végétale au cœur du minéral. Vitalic s’installe derrière une batterie de machines — synthétiseurs Novation, Nord Lead — dans un dépouillement scénique presque monacal, en total contraste avec l’intensité sonore qui va suivre.
La dramaturgie lumineuse épouse le mouvement du set : d’abord des bleus et des violets profonds, presque hypnotiques, qui enveloppent la rotonde d’une brume froide et cotonneuse, avant de basculer vers des rouges et des ambres saturés, plus organiques, plus charnels. Les faisceaux balaient les façades comme autant de lignes de fuite, dessinant un espace mouvant à l’intérieur même de l’architecture figée du lieu — collage de lumière sur pierre, tension permanente entre le confinement de la cour intérieure et l’échappée que suggèrent ces lames de lumière tendues vers le ciel.
Le geste de l’artiste, capté en gros plan sur les mains parcourant la table de mixage, révèle une fabrication du son presque artisanale, où chaque réglage semble redessiner en temps réel la trajectoire du morceau. Une seconde silhouette, entraperçue derrière les machines, laisse deviner une dimension collective au dispositif, comme une fusion entre composition électronique et geste instrumental vécu. Le public, dense, les bras levés, les téléphones tendus vers la scène, absorbe et renvoie cette énergie dans un même mouvement, brouillant la frontière entre scène et fosse.
Vers l’acmé du set, la fumée s’épaissit, les rouges saturent l’espace jusqu’à l’aveuglement, et la foule semble suspendue dans un même souffle collectif — un moment de bascule où le lieu, la lumière et le son ne font plus qu’un seul organisme battant. Le set se referme sur un dernier retour au calme, avant que la soirée ne se prolonge, dans une pièce plus intime, par un échange à voix posée entre l’artiste et son interlocuteur.
Beneath the rotunda of Stalingrad, the venue’s circular architecture closes its ring of stone around a dense crowd, gathered in an arc around a central setup. A suspended chandelier, adorned with glinting fragments, watches over the stage like a dreamlike talisman, while a few potted shrubs bring a touch of greenery into the heart of the stone courtyard. Vitalic takes his place behind a battery of machines — Novation synthesizers, a Nord Lead — in a stage setup stripped almost to austerity, in sharp contrast with the sonic intensity that follows.
The lighting dramaturgy mirrors the arc of the set: first deep, almost hypnotic blues and violets that wrap the rotunda in a cold, cottony haze, before shifting toward saturated reds and ambers, more organic, more visceral. The beams sweep across the façades like vanishing lines, carving a shifting space within the otherwise fixed architecture of the venue — light collaged onto stone, a constant tension between the confinement of the inner courtyard and the escape suggested by these blades of light reaching toward the sky.
The artist’s gesture, caught in close-up as his hands move across the mixing desk, reveals an almost artisanal way of shaping sound, where each adjustment seems to redraw the track’s trajectory in real time. A second silhouette, glimpsed behind the machines, hints at a collective dimension to the setup, as though electronic composition were fusing with a lived, instrumental gesture. The crowd, dense, arms raised, phones stretched toward the stage, absorbs and returns that energy in a single shared motion, blurring the line between stage and pit.
As the set approaches its peak, the smoke thickens, the reds saturate the space to the point of near-blindness, and the crowd seems suspended in one collective breath — a tipping point where venue, light, and sound merge into a single pulsing organism. The set closes on a final return to calm, before the evening continues, in a more intimate room, with a quiet exchange between the artist and his interviewer.