Fiona Apple, en 1998, pose sa voix sur « Across the Universe », reprise du morceau des Beatles enregistrée pour la bande originale de Pleasantville. Le clip qui accompagne ce titre est réalisé par Paul Thomas Anderson, et il rejoue littéralement le décor du film : un soda-shop américain suranné, avec son comptoir en formica, son juke-box et ses vitrines aux couleurs vives. L’image, filmée en noir et blanc, s’ouvre pourtant sur une vitrine peinte, seule tache de couleur dans cet univers autrement figé dans les tons gris — collage discret entre deux régimes visuels, comme un sas entre deux mondes.
Casque sur les oreilles, Fiona Apple chante face caméra avec une fixité presque hypnotique, son visage occupant l’essentiel du cadre tandis que le décor bascule peu à peu dans le chaos. Autour d’elle, une émeute silencieuse se déploie : des clients renversent les tables, un homme s’agite derrière le comptoir à glaces, des corps s’entrechoquent, de l’eau et des objets volent en éclats. Elle, immobile ou presque, continue de chanter, comme soustraite au tumulte qui l’entoure — figure de sérénité au centre d’un cadre en pleine dislocation, dans un contraste qui reprend la tension du film entre conditionnement et éveil, confinement et liberté.
La dramaturgie visuelle du clip épouse ainsi le geste du film dont il est issu : Pleasantville racontait le passage d’un monde noir et blanc, figé et sans désir, à un monde en couleurs, traversé par l’émotion et le trouble. Ici, c’est l’inverse qui frappe — la couleur reste à la marge, cantonnée à la vitrine peinte du début, tandis que le corps de l’interprète devient le seul point fixe dans une image qui se défait. La fusion entre le calme de la voix et la violence du décor donne au morceau une dimension presque onirique, une scène suspendue hors du temps du récit qui l’environne.
Le clip se referme sur une image apaisée : assise en tréteaux à même le sol, près du juke-box, dans un espace redevenu vide et silencieux, Fiona Apple achève « Across the Universe » comme on referme une parenthèse. Le désordre s’est retiré aussi brutalement qu’il était apparu, ne laissant derrière lui que la chanteuse et son immobilité, seule survivante d’un Destin qui semblait, un instant, échapper à tout contrôle.
In 1998, Fiona Apple lent her voice to « Across the Universe, » a cover of the Beatles song recorded for the Pleasantville soundtrack. The accompanying video was directed by Paul Thomas Anderson, and it literally restages the film’s setting: a bygone American soda shop, complete with formica counter, jukebox and brightly coloured storefront windows. Shot in black and white, the footage nonetheless opens on a painted window display, the sole splash of colour in an otherwise grey, frozen world — a quiet collage stitching together two visual registers, like a threshold between worlds.
Headphones on, Fiona Apple sings straight to camera with an almost hypnotic stillness, her face filling most of the frame as the room around her gradually tips into chaos. A silent riot unfolds around her: patrons overturn tables, a man scrambles behind the ice-cream counter, bodies collide, water and debris fly through the air. She remains still, or nearly so, continuing to sing as though lifted out of the turmoil surrounding her — a figure of calm at the centre of a frame coming apart, echoing the film’s own tension between conditioning and awakening, confinement and freedom.
The video’s visual dramaturgy mirrors the arc of the film it draws from: Pleasantville told the story of a black-and-white, static, desireless world giving way to one in colour, charged with emotion and disorder. Here, the opposite strikes the eye — colour stays at the margins, confined to that opening painted window, while the singer’s body becomes the only fixed point in an image steadily unraveling. The fusion of a calm voice with a violent setting lends the song an almost dreamlike quality, a scene suspended outside the timeline of the story surrounding it.
The video closes on a settled image: seated cross-legged on the floor near the jukebox, in a space now emptied and silent, Fiona Apple brings « Across the Universe » to a close the way one closes a parenthesis. The disorder recedes as abruptly as it arrived, leaving behind only the singer and her stillness, the sole survivor of a Destiny that, for one moment, seemed to slip beyond anyone’s control.
Le clip de Fiona Apple – Across the Universe (1998) a été ajouté à la base de donnée de scylfe le 1 septembre 2026. Il a été mis à jour le 30 août 2026 et classifié comme faisant partie du Hub . En plus de cela, il a également été classifié avec .