En direct — Radio Scylfe SAMEDI 03.10.2026

Sting signe en 1988 « Englishman in New York », extrait de l’album …Nothing Like the Sun, et en confie la mise en images à David Fincher, alors jeune réalisateur de clips avant de devenir cinéaste. Le film choisit le noir et blanc et l’hiver new-yorkais : façades de brique, vitrines embuées, trottoirs enneigés composent un décor austère qui absorbe toute couleur et ramène l’attention sur les visages et les gestes.

Deux figures traversent la ville en parallèle sans jamais vraiment se croiser. Sting, écharpe rayée et long manteau noir, marche sous un parapluie qu’il tient comme une canne, chantant face caméra au fil des rues et depuis la banquette arrière d’un taxi. À ses côtés, en creux, la silhouette de Quentin Crisp — chapeau mou, col de fourrure, démarche mesurée — occupe le clip comme une présence centrale : il observe la ville, s’assoit sur un banc de square, ajuste son foulard de soie, écrit à son bureau. Cette double présence, jamais réunie dans un même plan prolongé, esquisse un dialogue muet entre le narrateur de la chanson et la figure qui l’a inspirée.

Le groupe apparaît par fragments : le saxophone soprano de Branford Marsalis filmé en gros plan à contre-jour d’une fenêtre, la contrebasse de Tracy Wormworth jouée sur un rebord donnant sur la rue, quelques plans de mains et d’instruments qui ponctuent le morceau sans jamais reconstituer une scène de concert classique. La grille en fer forgé d’un parc, les arbres nus, la neige qui tombe reviennent comme un motif : la ville s’impose comme un espace froid et normé, dans lequel la silhouette excentrique de Crisp — non conforme, assumée — se détache par contraste. Une image furtive laisse deviner les tours du World Trade Center dans la brume, simple repère du New York de l’époque plutôt qu’élément narratif.

Le clip se referme sur une scène dépouillée : une silhouette solitaire s’éloigne, de dos, dans une ruelle pavée bordée de camions, sous la neige, jusqu’à devenir un point minuscule au fond du cadre. Cette sortie de champ progressive referme le film sur l’idée d’une élégance tranquille et d’une singularité assumée, en écho direct au portrait que la chanson dresse de Quentin Crisp, figure libre au milieu d’une ville qui ne l’a jamais vraiment absorbé.

In 1988, Sting released « Englishman in New York, » taken from the album …Nothing Like the Sun, with the video entrusted to David Fincher, then a young music-video director before turning to feature filmmaking. The film is shot in black and white during a New York winter: brick façades, fogged-up windows and snow-covered pavements form an austere backdrop that strips away colour and turns attention back to faces and gestures.

Two figures move through the city in parallel, rarely if ever crossing paths. Sting, wearing a striped scarf and a long black coat, walks beneath an umbrella held like a cane, singing to camera as he moves through the streets and from the back seat of a taxi. Beside him, in negative space, the silhouette of Quentin Crisp — soft hat, fur collar, measured gait — occupies the video as a central presence: he watches the city, sits on a park bench, adjusts his silk scarf, writes at his desk. This double presence, never lingered on together in a single sustained shot, sketches a silent dialogue between the song’s narrator and the figure who inspired it.

The band appears in fragments: Branford Marsalis’s soprano saxophone shot in close-up, backlit against a window; Tracy Wormworth’s double bass played on a ledge overlooking the street; brief shots of hands and instruments that punctuate the track without ever reconstructing a conventional concert scene. Wrought-iron park railings, bare trees and falling snow recur as a visual motif — the city asserts itself as a cold, orderly space against which Crisp’s eccentric, self-possessed silhouette stands apart. One fleeting shot lets the World Trade Center towers be glimpsed through the haze, more a marker of that era’s New York than a narrative device.

The video closes on a stripped-down scene: a solitary figure walks away, seen from behind, down a cobbled lane lined with trucks, under falling snow, shrinking to a tiny point at the back of the frame. This slow exit closes the film on an idea of quiet elegance and self-possessed singularity, echoing directly the portrait the song draws of Quentin Crisp — a free figure within a city that never quite absorbed him.

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